Nicole ALRIC
1936 - 2022
Les Deux Aimants
Poésie
Musique » Song for Mylène » – Phill’in Blue
Maman,
Il en est pour l’humain, comme il en est des pôles,
Le sud attire le nord, le nord aspire au sud.
Des aimants qui s’attirent avec la certitude
D’un Roger qui séduit simplement une Nicole.
Il arrivait du sud pour chercher sa princesse
Tu étais dans ta tour depuis ta prime jeunesse.
Il était militaire, libre et extravagant
Tu étais secrétaire, au profil élégant.
L’étincelle a eu lieu, un foyer s’est fondé
La flamme qui l’anime, a toujours perduré…
Tu connaissais bien peu, il te montrera tout,
Et c’est ces différences qui deviendront atouts,
Tu découvris la mer, le plaisir de nager,
Du moins te concernant, celui de barboter,
Et l’amour des balades, passion toujours gardée
L’ouverture au grand monde, de Hanoï à Tanger
Tu étais sa boussole, sa barrière au danger,
Dans la maison mobile, c’est toi qui dirigeais !
Quand les aimants se collent, l’atome est propulsé
Olivier fût le nom attribué au premier,
Un prénom provençal, tourangeaux, il est né,
Une vision Nord/Sud joliment mélangée
Puis l’espoir d’une fille, Caroline, espéré,
Mais un Thierry Arrive, 4kg bien pesé.
Des années en Provence, sous l’ombre des cyprès,
L’arrivée au Maroc où la terre a tremblé,
Puis plus loin vers le Sud, le désert à portée ,
Avant l’appel du nord, et ses immenses forêts…
Et un jour de retraite, l’ancre est enfin jetée,
On choisit un village tout proche de Montpellier,
Où les avions décollent juste à proximité,
Car l’âme voyageuse n’est pas encore comblée.
Tu deviendras comptable, à deux roues de vélos
Dans une proche fabrique pour abat-jours en lots
Dans l’atelier du bas, ton aimant, lui, soudait,
Un univers commun d’histoires à raconter,
Aux repas familiaux, aux rejetons blasés,
Mais qui bien sagement vous laissaient terminer…
Plus tard, tes atomes mâles décident d’essaimer,
Tu deviens une grande mère, de filles, tu es comblée
Quatre, qui souvent entourent un garçon esseulé
Tu joues à la dinette, parfois à la poupée,
Puis encore l’aventure, camping motorisé
Les aurores boréales, les temples de Gizeh…
Tu as eu chère Maman, la chance d’une belle vie,
Même si à notre goût, elle s’est mal terminée,
Trouver n’est pas facile, et encore moins garder
Une moitié qui t’aime, et donne de l’énergie.
Car un aimant collé, par ta polarité,
Qui, pour ton dernier souffle, était à tes côtés,
Et qui dans tes souffrances a su t’accompagner.
C’est un bien très précieux auquel peu ont accès.
Ces années de souffrances, était-ce pour compenser
Tous les beaux souvenirs que tu vas emporter ?
Tu craignais cette mort aujourd’hui rencontrée
Nous saurons bien un jour si c’était justifié,
Pour faire un trait d’humour, ce que tu appréciais,
Je refuse pour ma part de savoir si c’est vrai,
J’ai décidé de prendre l’habit du survivant
Je refuse de, c’est sûr, mourir de mon vivant.
Alors, ma chère Maman, respectant tes croyances,
Ce n’est pas un adieu, juste un très long silence,
Les lois de l’univers favorisent les aimants,
Le sud ne perd le nord, jamais pour bien longtemps,
Tranquille tu peux l’attendre, assurée qu’il viendra,
Car en aimant fidèle, il te retrouvera…
